Premier avril

Un poisson, un oeuf, un lapin… ou un joli texte de notre très cher Charles Briand?
Joyeuses Pâques!

LA   BEATCANNE

De ses parents elle a hérité ses origines. Graminodiacée, elle allie les avantages de la racine de la betterave et ceux de la tige de la canne à sucre : Enracinement fasciculé entourant un gros pivot. Etagement des feuilles sur une longue tige. Et un potentiel photosynthétique cumulant celui de ses deux parents.

Le plus drôle c’est qu’elle a été « inventée » par un Français au XIXe siècle. Un de ces hurluberlus en mal d’aventure, parti en Amérique Centrale pour accompagner Ferdinand de Lesseps, le vieillard aventureux décidé à creuser un canal à travers la montagne pour faire passer les bateaux de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique sans passer par le Cap Horn. Qui ne connaît le canal de Panama.

Hybridation fortuite?… Ou coup de génie d’un homme simple?… La Beatcanne s’est révélée dotée de qualités végétatives extraordinaires. Résistante à toute agression (habitude prise sous les tropiques) elle peut pousser aussi bien en limite du désert torride, que démarrer sous la neige, (comme dans la Cordillère des Andes). C’est dire l’étendue de son aire de production dans les deux hémisphères..

Elle était restée discrète en raison de sa stérilité florale congénitale. On est donc obligé de la multiplier par provignage, ce qui n’est guère réalisable en grande culture. Mais la multiplication in-vitro a levé cet obstacle. Des milliers de petites écailles élevées en éprouvette, puis racinées en micro-godets, se retrouvent plantées en plein champ tout comme des laitues, des tomates ou des melons. Désormais les matériels sont prêts, les techniques sont au point, la protection phytosanitaire sans graves exigences agropharmaceutiques et plus  rien ne s’oppose à ce que la culture de la beatcanne s’étende rapidement. Attendons-nous à la voir apparaître chez nous, pour changer, et nos paysages, et nos habitudes.

Multipliée par deux, la production saccharine va satisfaire la demande en sucre de bouche et en sucre industriel. Mais l’exceptionnelle richesse des jus va permettre d’obtenir l’éthanol, cet alcool destiné à la fabrication de l’E.T.B.E. (Ethyl-Tertio-Butyl-Ester) que les motoristes utilisent pour maintenir les indices d’octane des carburants sans adjonction de plomb. C’est dire que notre facture pétrolière sera réduite d’autant, et que l’écologie y trouvera son compte.

D’autre part on vient de découvrir que les pulpes résiduelles peuvent fournir des tensio-actifs, détergents naturels qui remplaceront avantageusement les phosphates dans les lessives. Ce qui n’enlèvera rien à la valeur alimentaire des pulpes que le bétail continuera à utiliser nature, surpressées, ou déshydratées.

Enfin le feuillage pérenne de la beatcanne pourra être utilisé toute l’année pour nourrir les salmonidés des élevages piscicoles. Les truites produites en un temps record sont très recherchées par les gastronomes pour leur goût très proche des truites de rivière. De quoi ravir tous les gourmets.

Ainsi donc, si la beatcanne bouleverse nos habitudes, ses avantages sont tels que nous nous prêterons  de bonne grâce aux changements qui nous seront imposés. La preuve ?

Nous nous sommes  bien habitués à la production de fèves pour la galette des Rois. Pourquoi n’arriverions-nous pas à nous habituer à la beatcanne pour le Poisson d’Avril ?…

Charles  BRIAND
Cousin de la beatcanne à jus.

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