Un poème d’André Druelle (1895-1991)

Jérôme RADWAN, membre de l’AEAP a voulu partager avec nous ce beau poème.

« Le soir aux rougeoyants récits crépusculaires,
Berce entre nuées l’Océanie des siècles,
Quel est ce bruit de pas sur la route brumeuse,
Où les peupliers clignent comme des cierges?

C’est le poète lâche et mal rasé qui passe,
Il traîne à la gare sa vache, la Doucette
Qui meuglait humainement quand il la trayait
Qui finira demain sa vie à La Villette;

Voilà la gare hideuse et le wagon infect…
La bête a peur… l’homme monte… il l’appelle « ô douce »,
Alors la bête suit la lumière vocale.

Ô mon Dieu, quand donc me saisirez-vous à la gorge
A mon tour? … Je suis rentré par la route aveugle,
C’était comme un tâtonnement  universel de honte…

Et cette prière à la rainette qu’il a épargné de sa faux:
« Non, laisse aller ta faulx sur le côté, prends pitié
De cette rainette, … Tu allais lui trancher les pattes. »   

Ô bestiole mélodieusement laide,
Reste…pourquoi aurais-tu peur d’un poète
Plus nu, plus pauvre  encore d’âme que ton corps?

Déjà le ciel n’est plus qu’un écho de la nuit.
Voici frémir la mélodie des feuilles mortes, Rainette, entendons la
Nous enseigner la vie. »

 Oui, qui peut encore parler de cette façon? Sans Commentaire. L’itinéraire de Druelle, c’est celui de son coeur
Marius Noguèz, numéro 27 de la revue ‘Plein Chant’ de septembre-octobre 1985 (p. 58),  qu’Edmond Thomas (né en 1944) anime encore contre vents et marées. Sans lui, les écrits de Henry Poulaille, deJean-Pierre Canon, de Michel Ragon et de tant d’autres que la Dame à la Faux qui égalise tout le monde nous a ôtés récemment n’auraient pas pu être à l’ordre du jour. / Jérôme RADWAN

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