Dans la terre qu’elle aimait tant, Chantal Olivier s’en est allée chemin faisant
Ce lundi 8 juin 2026 dès 9h30, au moins 400 personnes se sont rassemblées à Nuits-Saint-Georges, sur le parking de cueillette de la ferme Fruirouge à Concoeur-et-Corboin pour une cérémonie d’hommage à Chantal Olivier. Près des rangs de fraisiers, de vignes et de cassis, un immense velum avait été dressé et six écrans diffusaient en continu des photos souvenirs.
La cérémonie voulue « vivante et colorée à son image » par la famille, a salué les différentes facettes de Chantal avec une diversité de témoignages évoquant sa vie d’enfant, de jeune femme, d’épouse, de maman, de mémé, tout autant que de femme de la terre et de mots. L’article publié dans le quotidien Le bien public le 4 juin restitue son parcours.
Des membres de l’AEAP avaient fait le déplacement : Jacqueline Bellino et Gilles Gallois, Marie-Mad et Jacques Chauvin, Daniel Esnault, Rose-Marie Lagrave, Liliane Laroux, Marcel Marloie, Patrick Laubry et son épouse, le poète vigneron François Rocault. Chantal Robinet, la fille de l’écrivain-paysan Jean Robinet, était présente. En premier lieu, abordant l’enfance, Daniel Esnault a lu son poème : « La ruelle de mon enfance ».
L’AEAP s’est attachée à témoigner de l’empreinte profonde laissée par Chantal dans le monde rural, littéraire et humain. Rose-Marie Lagrave, son amie sociologue qui a préfacé son recueil de poèmes Chemin faisant, tome 2 publié en 2022, a lu un fragment du poème « Liberté » de Paul Eluard. Après le mot du président Marcel Marloie, Jacques puis Marie-Mad Chauvin ont apporté leurs témoignages (reproduits ci-dessous) suivis de l’hommage de Jacqueline Bellino à l’œuvre d’écriture de Chantal (publié sur le blog le 10 juin).
Au final, trois textes majeurs de Chantal Olivier ont été lus : « Le Cassis dans les Hautes-Côtes de Bourgogne » par Camille, son petit-fils ; « Vigne et vin des Hautes-Côtes en Bourgogne » par François Rocault ; « Je suis la femme » par Cathy, sa nièce et illustratrice de Chemin faisant, tome 2.
Puis, un long cortège a accompagné Chantal à pied jusqu’au petit cimetière, où elle repose dans la terre qu’elle aimait tant.
Marie-Mad et Jacques Chauvin, 15 juin 2026
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Témoignage de Jacques Chauvin, ethnologue, chargé de conservation du patrimoine de l’AEAP
En 2015, j’ai présenté à un colloque d’ethnologie une communication consacrée à l’écrivain-paysan Augustin Hérault. Il avait été présent à la fondation de l’Association des Ecrivains-Paysans (AEP) en 1972 à Plaisance-du-Gers. C’est pourquoi j’ai pris contact avec la présidente de l’association, Jacqueline Bellino, qui nous invita au Congrès en Vendée. Mon épouse est la fille de l’écrivain-paysan Augustin Hérault. C’est à ce Congrès que nous avons fait la connaissance de Chantal Olivier qui nous invita à aller la voir. Quelques semaines plus tard, nous arrivons à Concoeur. La visite commence par une déambulation dans les vignes, les petits fruits, avec en ponctuation, entre les rangs, des arrêts. Chantal récite un poème.
Chantal a longtemps présidé à la destinée de l’Association des Ecrivains-Paysans. Ayant adhéré en 1976, elle en a assuré la présidence de 2004 à 2012, puis une vice-présidence. Elle avait conservé une masse d’archives de cette association, devenue en 1980 Association Internationale des Ecrivains Paysans, puis en 2002 Association des Ecrivains et Artistes Paysans (AEAP). Chantal s’impliquera dans cette évolution par ses écrits concernant le sculpteur paysan René Prestat.
Chantal a eu le souci de transmettre. Je lui dois sa confiance lorsqu’en novembre 2019 à Concoeur, elle m’a remis les archives afin de les classer et organiser le dépôt. Je dois à Jacqueline Bellino sa bienveillance pour compléter le fonds. Depuis novembre 2023, le fonds d’archives de l’AEAP se trouve aux Archives départementales du Gers à Auch.
La démarche a été la même pour la sauvegarde de la Bibliothèque de l’AEAP. En 2019, l’AEAP en a effectué le versement à l’Ethnopôle Garae à Carcassonne dans la Maison des Mémoires. L’Aude est un département où rayonne l’œuvre de l’écrivain-paysan Michel Maurette, membre fondateur de l’AEP. Sont maintenant réunis 1300 livres des 500 auteurs, avec des apports substantiels faits par Chantal. Une démarche à laquelle a participé Christian et je l’en remercie chaleureusement.
On les voit Chantal et Christian sur la photo du Congrès AEP de Chalonnes-sur-Loire en septembre 1976. C’est le premier congrès de l’AEP auquel ce jeune couple participe. L’année suivante, elle est en photo au Salon de l’Agriculture sur le stand de l’AEP parmi les livres en compagnie du président Jean Robinet, de Rose-Marie Lagrave et Eliane Aubert. La plupart parmi les trente sur la photo du Congrès de Chalonnes en 1976 sont décédés. Ainsi Augustin Hérault, Thérèse Jolly, Emile Joulain, Pierre Mélet, Claire Méline, Elie Olivier, Jean-Louis Quéreillahc. Ne restent maintenant pour transmettre la mémoire des noms et des visages que Rose-Marie Lagrave et Christian Olivier.
L’Ethnopôle Garae a organisé en octobre 2023 deux journées d’étude consacrées à la littérature paysanne. En octobre 2024, les journées d’étude ont été organisées avec les chercheurs de l’Université de Toulouse et ont été consacrées à la poète et paysanne Marcelle Delpastre. Les actes de ces journées d’étude viennent de paraître aux Editions Classiques Garnier le 3 juin, format papier et ebook. Dans ma contribution, prend place la poète et paysanne Anjela Duval, le poète paysan Michel Boudaud et Chantal Olivier. Ainsi l’œuvre poétique de Chantal Olivier poursuit son chemin. Avec la parution voulue par la famille du tome 2 de Chemin faisant en 2022, avec en bienveillance la préface de Rose-Marie Lagrave, son œuvre poétique va voyager au loin, prendre le large.
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Témoignage de Marie-Madeleine Chauvin, fille de l’écrivain-paysan Augustin Hérault
Durant de nombreuses années, Chantal a côtoyé les écrivains et artistes paysans dans les congrès annuels et aussi au stand AEAP du Salon de l’Agriculture. Il s’y dédicaçait de nombreux ouvrages. Elle a peu publié au regard de toute son activité dans l’association mais elle avait un regard sensible et pertinent sur chaque auteur. En triant les archives de mon père, Augustin Hérault, j’ai retrouvé, non sans émotion, le premier recueil de Chantal, Chemin faisant, avec la dédicace suivante : « Merci au cultivateur du bocage vendéen pour son visage de sérénité et ses paroles qui portent l’apaisement. Genlis, septembre 1978 ». Signature : Chantal Olivier. C’était en 1978 au Congrès de Genlis en Côte d’Or. Cette dédicace m’est précieuse car elle montre combien chacun de ses mots était pesé et juste.
Au Congrès de Rambouillet en 2023, nous avons eu le plaisir de découvrir son deuxième recueil de poèmes, remarquable par le choix des textes et les illustrations. Ne pouvant plus lire, elle m’avait demandé de lui prêter ma voix pour en dire quelques-uns lors de la soirée récital. Pour toi Chantal et pour vous toutes et tous, voici celui-ci :
Comme une pépite d’or
qui capte un rayon de soleil,
comme une étoile filante
échappée du manteau de la nuit,
un souvenir soudain
scintille dans la brume du quotidien.
C’est une fleur fragile
posée sur la plage de la mémoire
née dans une nuit d’automne
entre deux cœurs battants à l’unisson
entre deux ventres qui mélangent
leurs sources.
Cette rose des sables
pourra-t-elle résister
aux passages des vents contraires
qui balaient les chemins de la vie ?
